Interview Même Cosmetics

Dernière mise à jour : sept. 25


Contexte: Même Cosmetics a participé à la seconde édition du Programme OncoEntrepreneur. Nous avons décidé de les interviewer pour avoir un retour sur leur expérience de création d’entreprise et leur point de vue sur le Programme.



Cancer Campus : Comment est né votre projet ?


Même Cosmetics : Notre projet est né de nos expériences professionnelles puisqu’en fait Judith a perdu sa maman depuis bientôt 7 ans et j’ai à peu près toutes les femmes de ma famille qui sont passées par là et nous nous sommes rendues compte en tant que filles de mamans malades et proches de femmes malades que quand on est sous traitement anti-cancéreux on doit faire face à des besoins hyper spécifiques au niveau de la peau. Etant toutes les deux très adeptes de cosmétiques on a cherché des solutions en pharmacie et dans les magasins bio et nous n’avons rien trouvé on s’est trouvées démunies face à ces besoins non comblés. Nous nous sommes rencontrées toutes les 2 chez L’Oréal c’est Judith qui a eu cette idée à la base, elle m’en a parlé et tout de suite ça a fait “tilt” on s’est dit bien sûr qu’il faut travailler là-dessus il y a un réel besoin et on ne comprenait pas comment aucune marque n’y avait pas pensé ni osé.

Cancer Campus : Quel est le besoin ?

Juliette : Sous traitement il y a des réactions qui se voient de l’extérieur par exemple on perd ses cheveux du coup le cuir chevelu est mis à mal puisqu’on a plus ses cheveux qui protègent le cuir chevelu, la perruque démange. On a aussi au niveau des ongles des dédoublements, des fissures cela va même jusqu’à la perte des ongles. Ce sont des choses qu’on ne connaît pas quand on n’est pas malades. Il y a également le syndrome main-pied qui est une sècheresse extrême des mains et des pieds et des sensations de brûlures, de démangeaisons qui peuvent être très handicapantes car des petites plaies et des grosses crevasses peuvent apparaître et empêcher de marcher normalement ou d’écrire quand le syndrome est trop avancé. Or cela peut être limité si on hydrate au maximum en amont dès le début des traitements quand on est informés par l’équipe soignante. Il y a plein d’effets comme ceux là ; on a aussi de manière générale la peau qui se dessèche extrêmement. Cela est provoqué par la chimiothérapie, l’immunothérapie et les thérapies ciblées.



Cancer Campus : Et la radiothérapie ?


Juliette : La radiothérapie brûle carrément la peau. On ne s’est pas encore attaqué à ce sujet ; c’est une réponse d’ordre plus médicamenteuse qu’il faut apporter à cela, de plus en radiothérapie les médecins conseillent de n’appliquer aucune solution pour éviter de dévier les rayons.



Cancer Campus : Donc c’est connu par les médecins mais ils n’y accordent pas d’importance ?


Judith : Ces besoins sont connus par les médecins mais la majorité d’entre eux n’ont pas le temps de s’occuper de ça car leur priorité est d’éradiquer la tumeur ou autre métastase et vous connaissez aussi bien que nous les programmes chargés des oncologues qui ont très peu de temps par patient et qui du coup n’ont pas le temps d’aborder ce sujet là. Les patientes ont des questions prioritaires plutôt que de parler de leur problème de peau. On est un peu démunis face à cela, nous avons connu ça avec nos mères il y a très peu d’informations sur tout cela. Ma maman a eu un syndrome main pied sans avoir jamais eu connaissance de comment on pouvait l’anticiper, le prévenir ou le limiter et elle ne supportait plus de ne plus pouvoir marcher et de tenir un stylo donc elle a donc demandé à son oncologue de stopper le traitement et on connaît la fin… Les oncologues se rendent très bien compte de l’importance de certains effets secondaires et indésirables des traitements puisqu’ils sont parfois une cause d’arrêt des traitements et c’est un échec terrible pour eux quand ça se passe comme ça mais ils manquent de temps. Depuis que ma maman est décédée, les choses se sont considérablement améliorées : il y a eu les plans cancer, l’arrivée et le développement des soins de support qui font qu’on commence à prendre en charge les « à côté » de la maladie en France, le parcours de soin est mieux rôdé notamment dans les centres anti-cancer. Il y a a peu près une socio esthéticienne par centre de lutte contre le cancer ce qui fait pas beaucoup de socio esthéticienne par patiente... Les femmes vont maintenant chercher très facilement de l’information sur internet et se posent pas mal de questions.


Juliette : Oui, de l’envie de répondre à leur questions, à la fois par des produits et aussi avec du contenu qu’on a sur notre site internet et qui est très important pour nous puisqu’on va au delà des produits. On essaye de regrouper tous les conseils bien être beauté qu’on a reçu via des oncologues, dermatologues, infirmières et patientes elles-mêmes qui nous ont parlé de toutes ces choses qui permettent de mieux vivre.



Cancer Campus : En ce qui concerne vos parcours universitaires ?

Judith : On a des formations hyper différentes. Je suis designer industriel à l’origine je me suis donc occupé du packaging mais pas que du coup (rires) et Juliette a fait Science Po puis HEC nous avons eu des compétences assez différentes mais complémentaires ce qui nous a permis de nous faciliter le lancement de l’entreprise. Nous n’avons eu besoin de personne pendant presque 1 an. Nous n’avions eu besoin de personne à part d’un laboratoire et d’un chimiste ; nous avons externalisé cette partie-là.


Cancer Campus : A quelle édition du Programme OncoEntrepreneur avez-vous participé ?

Juliette : 2015/2016



Cancer Campus : Où en était l’avancée de votre projet au moment où vous avez suivi le Programme OncoEntrepreneur ?

Judith : Nous avons créé l’entreprise en janvier 2015 donc nous avions créé l’entreprise au sens légal et juridique. Nous étions en pleine formulation de nos produits à ce moment-là avec nos partenaires R&D. Nous avions des prototypes de produit et plein de projets.

Juliette : Nos objectifs à ce moment-là était de réaliser une étude clinique sur les produits que l’on formulait et de lever des fonds pour financer cette étude clinique.



Cancer Campus : Le programme OncoEntrepreneur vous a apporté sur quel plan ?

Judith : Cela nous a apporté beaucoup de légitimité. C’est un label qui a été très intéressant pour nous car nous avions besoin (aujourd’hui encore) de nous faire connaître auprès du milieu médical et ce label nous a rendu crédible rapidement aux yeux des personnels soignants. Cela nous a également apporté une légitimité pour notre levée de fonds. On a également pu rencontrer beaucoup de personnes et d’élargir notre réseau dans le domaine de l’oncologie.



Cancer Campus : Comment on formule une crème par exemple, vu que vous n’êtes pas scientifiques ?

Judith : Nous avons pu comprendre avec nos expériences dans le milieu des cosmétiques que beaucoup de produits sont composés de perturbateurs endocriniens qui peuvent perturber au niveau hormonal les cellules. Nous ne voulions absolument pas de tout ça dans nos formules. Nous avons voulu faire du bio mais on s’est rendus compte après avoir discuté avec des oncologues que le bio était une catastrophe pour les femmes malades car ce sont des huiles essentielles qui permettent de conserver et ce sont des huiles hyper allergènes quand on n’est pas en bonne santé et qu’on a des peaux sensibles ou abîmées. On était dans une impasse dès le départ et le challenge était de composer des formules sans ingrédients néfastes et que les produits soient agréables. Cela a été assez long car nous avons dû consacrer un an à réaliser nos 7 formules (laboratoire P&B Group) avec une liste de 400 ingrédients que nous ne voulions pas dans nos formules et que nous avons minutieusement répertoriés sur un fichier Excel. Laurent Dodet qui est le directeur de ce laboratoire est la première personne qu’on a rencontré, au bout d’une semaine. C’était notre premier partenaire et nous l’avons rencontré très vite puis nous lui avons présenté notre projet qui tenait sur 2 slides et demi et qui ne donnait pas envie quand on revoit la présentation rétrospectivement. Il y a tout de suite cru et a dû être touché de près ou de loin car il était très sensibles à ce qu’on lui racontait et il nous a dit « j’imagine que vous n’avez pas beaucoup d’économie étant donné que vous sortez de stage du coup je vais vous mettre mes équipes R&D sur votre projet je suis sûr que vous allez trouver des financements vous me paierez quand vous pourrez ». Et du coup grâce à lui et au fait que petit à petit on a eu des vrais produits à présenter tout a été un cercle vertueux parce qu’une fois qu’on a eu les produits, aller voir les investisseurs avec quelque chose de concret leur a permis de se projeter et c’est clairement grâce à lui qu’on en est là aujourd’hui.



Cancer Campus : Quelles recommandations apporteriez-vous au programme OncoEntrepreneur ?

Judith : Il manquait de projets un peu moins pointus parmi les porteurs de projets


Juliette : il y en a plein en ce moment en plus des projets axés sur le bien-être, à côté de la maladie. Nous avons fait partie des incubateurs d’HEC et Science Po et l’intérêt est de pouvoir partager des expériences avec d’autres qui vivent soit la même chose soit pas du tout la même chose mais qui nous apporte quelque chose. Plus les profils et les sujets sont variés plus on peut s’apporter mutuellement. On s’est senti de côté parfois par rapport à des biotech (on ne comprenait rien de ce qu’ils faisaient) car il y avait plein de synergie mais on ne savait pas quoi leur apporter et inversement. Pourtant cela nous a permis d’avoir des contacts sérieux à Gustave Roussy, des médecins et scientifiques très réputés qu’on aurait pas pu rencontrer autrement.